139 - Jeune homme barbu.


Il représente un homme jeune de haut rang, d’environ vingt-cinq ans, presque de face, légèrement tourné vers la gauche.

Il est vêtu d’une tunique blanche à la ligne d’encolure très nette ; un manteau également blanc traverse la poitrine en diagonale et passe sous le pan qui descend de l’épaule gauche. Le peintre a indiqué le volume des plis avec des lignes plus foncées.

Le visage, éclairé par sa droite, est allongé. Les carnations sont subtilement rendues et l’éclairage parfaitement maîtrisé. La barbe et la moustache sont traitées en courtes mèches rendues par de fins traits entrecroisés. Le nez fin et droit surmonte la bouche à la lèvre inférieure plus épaisse. Les yeux, aux cils indiqués, regardent le spectateur. Les cheveux sont traités en mèches raides et sont ceints d’une couronne de feuilles d’or, dite “des justifiés“.


Le portrait est encore enchâssé dans son cartonnage peint en rouge. La fenêtre est entourée de cabochons de stuc doré. Un large collier ousekh, également doré, à trois rangs de perles et aux attaches hiéracocéphales coiffées du pschent, couvre le torse. Cet ornement est très similaire à celui du jeune Artémidôros découvert par Fl. Petrie à Hawara (British Museum, EA 21810).


Fin panneau de bois peint à l’encaustique, feuilles d’or, lin, pigment rouge et stuc doré.

Égypte, Hawara, règne de Trajan, ca. 98-117 de notre ère.

H_46 cm L_37 cm (ensemble).

H_28,5 cm L_16,5 cm (portrait à vue).


Provenance :

Ancienne collection européenne, 1936.


Estimation sur demande.


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Commentaires :

En 31 av. J.-C., après la défaite d’Actium, l’Égypte devient une province romaine. De nombreux Romains s’y installent et adoptent les rites funéraires locaux en se faisant embaumer. Ils introduisent cependant certains usages propres, en particulier celui du portrait.

Ces peintures, exécutées à la cire ou à la détrempe sur des panneaux de bois ou sur les suaires de toile, étaient réalisées du vivant du modèle. Après le décès, elles étaient appliquées sur la momie, au niveau du visage, remplaçant le traditionnel masque tridimensionnel de type pharaonique contribuant à définir l’identité du défunt.

Apparus sous le règne de Tibère (14 - 37 de notre ère), et en usage jusqu’au début du IVe siècle, les portraits du Fayoum sont d’abord l’œuvre d’artistes itinérants profondément influencés par la tradition picturale grecque et plus particulièrement celle d’Alexandrie.

Ils étaient inconnus jusqu’en 1887, date à laquelle des agriculteurs en découvrirent de nombreux à er-Rubayat, qu’ils négocièrent auprès de l’antiquaire viennois Theodor Ritter von Graf ; celui-ci les fit connaître au grand public en  organisant de nombreuses expositions à Berlin, Munich, Paris, Bruxelles, Londres et New York.

En 1888, Flinders Petrie en découvrit environ cent cinquante sur le site d’Hawara dans le Fayoum confirmant l’authenticité de ceux excavés l’année précédente.

Environ un millier est parvenu jusqu’à aujourd’hui, certains souvent très lacunaires. Leur dénomination “portraits du Fayoum” vient du fait que les premiers ont été découverts dans cette oasis, mais d’autres ont été inventés dans toute l’Égypte, en particulier à Saqqara, Thèbes, Antinoopolis et Akhmîm.

Premiers portraits peints connus dans l’histoire mondiale de l’art, ils sont une source d’informations sans pareil mêlant les cultures égyptienne, grecque et romaine. Certains sont remarquables par la vie qui s’en dégage et le savoir-faire de l’artiste ; d’autres, les plus nombreux, sont stéréotypés et conventionnels, caractéristiques d’une production standardisée (”portraits ready-made”).

Portrait du Fayoum


Ancienne collection européenne, 1936

Le portrait présenté, par la précision des détails et la touche magistrale, est particulièrement captivant et convaincant. L’artiste a ici utilisé des pinceaux larges et d’autres plus fins pour pour les cheveux, la barbe et la moustache. Tous les traits sont subtilement rendus avec une grande attention, et l’utilisation minutieuse du médium conduit à un sentiment de vie. La couronne a été appliquée au moment de l’utilisation funéraire du portrait.

La coiffure, traitée en mèches raides, est caractéristique du règne de Trajan (98-117 de notre ère). Le cartonnage, similaire à celui d’Artémidôros inventé par Fl. Petrie à Hawara en 1888 (British Museum EA 21810), indique un même lieu de provenance, une datation identique et probablement un membre de la même famille.


Bibliographie (momie d’Artémidôros) :

Kl. Parlasca, Ritratti di mummie. Repertorio d’arte dell’Egitto greco-romano, vol. 1, Palerme, 1969, p. 71, n° 162.

S. Walker & M. Bierbrier, Ancient faces. Mummy portraits from roman Egypt, Londres, 1997, pp. 56-57, n° 32.


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